Le vocable yoga (union avec dieu) sert en général à désigner toute technique d'ascèse et toute méthode de méditation, par extension en Occident il pourra s'appliquer à des actions éloignées de son sens premier, un pêcheur à la ligne, un cruciverbiste, un jardinier assimileront leur activité à un yoga. Cette banalisation ne doit pas faire oublier qu'il y a un yoga classique (Yoga-Sûtra de Patañjali) et qu'une pratique réelle n'a rien à voir avec une simple gymnastique. C'est une recherche et une connaissance de son propre corps (les koshas en sont les stratifications), une sensibilité à la circulation de l'énergie (prana), un état d'esprit plus "temporel" que "séculier", une philosophie et une façon de vivre et de se nourrir.
On trouve sur internet une histoire du yoga en occident par Marc-Alain DESCAMPS.
La clarté des ouvrages d'André Van Lysebeth permettent d'expérimenter, de pratiquer et de comprendre l'intérêt du yoga. Depuis 1962 Van Lysebeth publie la revue yoga, il est décédé au début de l'année 2004 cela doit représenter quelques milliers d'articles, voici celui de Nils Daum sur le shabda yoga, le yoga du son.
Les étapes classiques (anga = membres) sont :
Les ouvrages d'André Van Lysebeth sont édités chez Flammarion :
Pranayama dynamique du souffle
Tantra le culte de la féminité
Selon les penseurs et les rishis de l'Inde, l'être humain se compose
de stratifications allant de l'état d'être le plus subtil à sa
manifestation la plus dense, le corps visible.
Chaque stratification se nomme une "kosha", terme que, pour la facilité
mnémotechnique, nous serions tenté de traduire par "couches", si ce mot
n'impliquait l'idée de séparation des divers constituants, idée
étrangère à la pensée de l'Inde, qui considère l'être humain comme un
tout insécable et indissociable.
Couche causale
ANANDAMAYA KOSHA
Stratification causale. Sa nature est JOIE et FELICITE pure, au-delà des
dualités. Son centre est Jivatman (âme de l'homme) qui est le Spectateur
architecte profond.
Corps subtil ou psychique
VIJNANAMAYA KOSHA
Siège de l'Ego (Ahamkara, principe d'individualisation dans l'homme). Ses
instruments sont l'Intellect et Buddhi (raison, discrimination). Cette
stratification peut agir sur Manomaya Kosha et contrebalancer par exemple
les pulsions inconscientes, et peut inhiber ou contrôler les instincts.
C'est le centre permanent de référence. Lorsque l'être humain dit "Je pense
que je pense" c'est une action réflective due à Vijnana Maya Kosha.
MANOMAYA KOSHA
C'est le psychisme en général, c'est à dire les mécanismes de conscience
de veille, l'inconscient étudié par la psychologie occidentale avec ses
pulsions et instincts, ses complexes. Comporte les instruments subtils
de perception et d'action. Comprend aussi la mémoire individuelle et la
mémoire héritée de nos ancêtres. C'est Manomaya Kosha qui ordonne les
actions du corps. Le dynamisme psychique de Manomaya Kosha agit sur la
stratification prânique, à travers les CHAKRAS qui sont donc des centres
de transformation d'énergie psychique.
Corps dense ou "grossier"
PRANAMAYA KOSHA
Est constitué de l'ensemble des énergies à l'œuvre dans le corps humain. A
partir des impulsions d'action provenant de Manomaya Kosha, met les éléments
denses du corps en mouvement. Les énergies circulent dans les NADIS. Cette
couche énergétique est inerte et insensible. Elle est l'instrument d'action
de Manomaya Kosha.
ANNAMAYA KOSHA
Stratification la plus dense de l'être humain. Est composé des éléments
chimiques (atomes et molécules) provenant de la nourriture (aliments
solides, boissons, oxygène de l'air). Inerte et dense, elle est l'instrument
d'action et de manifestation des stratifications supérieures.
Corrélation avec doctrine chrétienne : Ananda Maya Kosha correspond à
l'âme. Les autres stratifications sont le corps dans ses aspects denses
et subtils. Les Koshas supérieures interpénètrent et englobent les
couches inférieures. Annamaya Kosha et Pranamaya Kosha ont 4 dimensions
(3 dimensions de l'espace + le temps). Manomaya Kosha et Vijnana Maya
Kosha n'existent que dans le temps. Ananda Maya Kosha est au-delà du
temps et de l'espace.
Exercices par Nils DAUM
Est-il possible de pratiquer des exercices pour le Yoga de la Voix, seul et
sans professeur ? Oui et non. Je m'explique : oui pour ceux qui sont déjà
suffisamment initiés aux exercices classiques du Prânayama et notamment :
Bhastrika, kapalabhati, nadi sodhana, ainsi qu'aux trois grandes bandhas :
mula, udyana et jalandhara. Encore que des indications personnelles et des
conseils directs soient précieux même dans ce cas, ceux-là peuvent pratiquer
avec fruit et sans inconvénient les exercices que je vais décrire.
Le rôle du corps dans l'émission vocale
Il est bien connu que le corps tout entier participe à l'acte vocal. Bien
que les jambes et les bras ne soient pas des parties vitales du corps humain
(on peut vivre manchot ou cul-de-jatte), leur rôle dans l'émission vocale
est loin d'être négligeable. Pour ce qui concerne les jambes, il suffit de
faire la différence entre chanter assis ou chanter debout. Dès que l'on se
tient debout, bien campé sur ses jambes, l'énergie est infiniment plus
grande. Non seulement on chante avec ses orteils, ses jarrets et ses
cuisses, mais encore l'énergie dans la région de muladhara se trouve
stimulée par la position debout. Quant aux mouvements des bras, ils
participent, eux aussi, à l'énergie vocale, et modifient le timbre. J'ai pu
participer personnellement à des séances dirigées par des hindous, où le
chant était mêlé à la danse. Et l'on conçoit l'importance des mudras dans le
mantra yoga.
Ces mouvements des jambes et des bras ne servent d'ailleurs pas uniquement à
soutenir l'énergie vocale, mais favorisent aussi la détente, le lâcher-prise,
ôtent les complexes et la raideur, aident à délier le corps, permettent de
sourire et de rire en chantant, et rendent ainsi la voix plus souple, plus
facile, plus agréable à écouter.
Cependant, les parties les plus importantes du corps pour la phonation sont,
incontestablement, de bas en haut : le ventre - la poitrine - la tête. Le
ventre est la région où la phonation puise son énergie. C'est pourquoi elle
est en particulier celle des consonnes. Savez-vous que sans les consonnes,
le langage parlé serait à peine audible ? Et que sans elles l'individu
humain - qui est l'animal le plus bavard de la terre arriverait totalement
épuisé le soir, après avoir bavardé toute la journée ? Or les consonnes sont
principalement prononcées par la langue, secondairement par les lèvres. Les
lèvres correspondent à l'anus (muladhara), la langue au lingam (phallus ou
clitoris), c'est-à-dire à svadisthana. C'est dire l'importance de ces deux
centres pour l'énergie vocale. Quant à l'importance du manipura chakra, elle
a à peine besoin d'être soulignée. Nous en verrons les applications tout à
l'heure.
Le son devient " musical " dans la poitrine, première grande " caisse de
résonance " du corps humain, dont le centre sonore par excellence est le
anahata chakra. C'est pourquoi, en sanskrit, " anahata shabda " signifie : "
le son musical ". Toutefois pour que les résonances dans la poitrine soient
valables, il faut qu'elles soient obligatoirement liées à celles produites
dans la tête - et c'est là que réside toute la difficulté !
Comment lier, établir l'union - c'est-à-dire le " yoga " puisque ce mot
signifie, comme on sait " union " - entre d'une part l'énergie qui réside
dans le ventre, et d'autre part les résonances produites dans la poitrine et
dans la tête ?
Pour obtenir les résonances dans la poitrine
Il est bien connu que les sons les plus graves résonnent dans la poitrine,
et que ces vibrations sont mieux perçues et développées, bouche fermée.
D'autre part le son doit être, pour ainsi dire, " avalé ", c'est-à-dire très
guttural, placé dans l'arrière-gorge, et non dans la bouche. Pour arriver à
cela, il faut garder la nuque droite et étirée (ne jamais lever la tête), le
menton très rengorgé, toute la colonne vertébrale très droite, et " bâiller
" le son, sans pour autant ouvrir la bouche. Au début, pour être sûr que le
son reste bien dans la gorge et ne se place pas dans la bouche, on peut
utiliser, toujours bouche fermée, la consonne " combinée " ng (prononcée
comme dans ping-pong), ce qui a pour résultat de fermer l'accès de l'air à
la cavité buccale, et de l'obliger à s'engouffrer directement dans les voies
nasales. Naturellement, utilisez votre son le plus grave, à la limite de la
" voix sourde ". Il est très facile de contrôler les vibrations produites
dans la poitrine en posant la main droite sur le centre Anahata, au creux du
sternum. Ne vous découragez pas si vous ne percevez pas tout de suite ces
vibrations : elles existent chez tout le monde, rassurez-vous ! Mais ce
n'est qu'en travaillant, qu'elles deviennent de plus en plus perceptibles.
Lorsque vous serez satisfait du résultat, vous pourrez alors " monter " le
son de quelques notes, de sorte à rendre la voix plus chantante. Ensuite
vous entrouvrirez la bouche pour laisser filer le son entre les lèvres, sur
la consonne w.
Comment "muscler" la voix
" Muscler la voix ", dans le jargon du chanteur, signifie : soutenir les
vibrations produites dans la poitrine par la puissance énergétique du
ventre.
Voici comment procéder, selon les techniques du Yoga : il faut s'entraîner à
prendre Udyana Bandha sur la rétention de souffle à plein ! Il ne s'agit pas
réellement de Udyana Bandha, car de toute évidence, on ne saurait abaisser
et relever le diaphragme en même temps. Mais plutôt de créer une forte
contre-pression dans le diaphragme.
Pratiquer l'exercice assis. D'abord, prendre une bonne inspiration
diaphragmatique, puis faire le mouvement de Udyana Bandha, tout au long de
l'émission vocale qui suivra, garder cette forte contre-pression dans le
ventre et dans le diaphragme. La note prise ne devra pas être trop grave,
elle devra être bien chantée, au début, pratiquer bouche ouverte.
A votre propre surprise, vous entendrez une voix forte, bien " ronde " et
bien timbrée. Vous pourrez faire l'expérience d'ajouter Mula Bandha à Udyana
Bandha. Lorsque vous serez bien entraîné, vous pourrez alors pratiquer
bouche fermée (fermer et ouvrir la bouche plusieurs fois en une seule
émission). Puis, après vous être entraîné sur le " fortissimo ", essayez la
même expérience sur le " pianissimo " - ce qui est beaucoup plus difficile !
Tant il est vrai que nous avons l'habitude d'être tantôt relâchés mais alors
" tamasiques ", tantôt plein d'énergie mais alors "rajasiques ". Or, ici
comme ailleurs, il faut essayer de combiner les deux, pour atteindre l'état
de " satva ".
Retenez bien ceci : le pianissimo, dans le chant, nécessite autant d'énergie
que le fortissimo.
Faut-il encore ajouter que cet exercice de Udyana Bandha à plein ne devra
pas se faire à toute émission vocale ? Il s'agit simplement de " provoquer "
l'énergie nécessaire dans le ventre. Une fois le résultat obtenu, vous
émettrez après une inspiration avec " sangle abdominale contrôlée ",
c'est-à-dire avec un ventre à la fois souple et ferme.
Comment placer la voix "dans le masque"
Après avoir établi le lien entre la puissance du ventre et les résonances de
la poitrine, nous allons maintenant étudier les résonances dans la tête.
Qu'appelle-t-on : " placer la voix dans le masque " ?
C'est faire résonner, à l'unisson, les différents sinus maxillaires,
ethmoïdaux et frontaux (voir fig.).
Il faut toujours commencer par le plus facile ! C'est déjà ce qu'enseignait
Lao Tseu, lorsqu'il disait : " La chose la plus difficile au monde se
décompose en éléments faciles. " Commençons donc par essayer de faire
résonner les sinus maxillaires, les plus accessibles.
Chacun sait qu'il existe des consonnes gutturales, comme par exemple le gue
ou le ch allemand, des consonnes palatales comme le k, des consonnes
dentales comme le s ou le the anglais, ou encore des consonnes labiales
comme le b.
Ce que l'on sait moins, c'est qu'il existe également des voyelles
gutturales, palatales et dentales. Ainsi le o sombre prononcé comme dans
glotte, ou le a également sombre prononcé comme dans glas, sont des
gutturales. La voyelle i est la palatale par excellence, car elle vient
frapper le milieu du palais. Tandis que le u (prononcé à la française, et
non ou) est une dentale. Quant à la voyelle ô prononcé comme dans dôme, elle
tient une place spéciale. Prononcée bouche ouverte, elle vient se placer
juste au centre de la cavité buccale, prononcée bouche fermée, juste au
centre de la tête. C'est pourquoi elle est considérée comme le son parfait,
et est dessinée, dans notre alphabet, par un cercle, le cercle étant, comme
on sait, le symbole de la perfection.
L'"ovale dans la bouche"
On peut faire suivre au son, un trajet ovale dans la cavité buccale. On
commence par émettre la gutturale 0 ou A sombres, suivie de la palatale 1
qui vient frapper le palais, puis le U qui vient se placer contre les
incisives supérieures, et on revient à la gutturale - naturellement en une
seule émission, et même plusieurs fois en une seule émission. On prendra une
note médiane, la bouche sera légèrement ouverte, les lèvres légèrement
descellées comme pour prononcer la consonne W. Il faut s'entraîner jusqu'à
ce que l'on sente très nettement ce trajet dans la bouche.
Une fois ce trajet bien senti, bien situé, bien vécu, reprendre l'exercice
avec les deux seules voyelles 1 et U. Il faut que la prononciation de 1
provoque un chatouillement sur le palais, tandis que le U se placera contre
les incisives supérieurs. Faire succéder, en une seule expiration, plusieurs
1 et plusieurs U, de façon de plus en plus rapide. Vous sentirez alors
nettement les vibrations produites dans les sinus maxillaires, situées juste
au-dessus des dents supérieures, de part et d'autre des ailes du nez. Peu à
peu, par osmose, les sinus ethmoïdaux, situés juste au-dessus des
précédentes, se mettront également à vibrer, surtout lorsque après avoir
pratiqué bouche ouverte, vous reprenez le même exercice bouche fermée,
obligeant ainsi l'air à passer par le nez.
Nadi Sodhana pour les sinus frontaux
Restent les sinus frontaux, les moins accessibles. Bien que l'exercice
précédent permette déjà de les sensibiliser, il existe encore un autre
exercice qui développe particulièrement les vibrations dans les frontaux.
C'est Nadi Sodhana, ou la respiration alternée, avec émission sonore à
chaque expiration. Le son passer alors exclusivement par une seule narine,
tantôt la droite, tantôt la gauche.
Je vous conseille de pratiquer Nadi Sodhana en plaçant les deux doigts
libres sur le front, juste au-dessus du nez, afin de vérifier avec ces
doigts les vibrations produites.
Vous commencez toujours par émettre sur les deux voyelles I et U (bouche
fermée, bien entendu), mais vous terminerez sur le vocable ON. Essayez ! Et
vous verrez qu'avec un peu de pratique, vous obtiendrez un organe magnifique
et enviable.
Mais il y a d'autres avantages que la seule beauté de la voix. Vous la "
fatiguerez " moins, même en parlant doucement, vous serez plus audible. Et
par-dessus tout, ces vibrations agissent très favorablement sur la santé. De
même qu'une voix mal utilisée peut vous rendre malade, de même une voix bien
utilisée peut vous guérir.
Comment atteindre le sommet de la tête, le Sahasrara
C'est assurément le plus difficile ! Faire " planer la voix au-dessus de la
tête " est le rêve de tous les chanteurs, et il y en a peu qui y
parviennent. C'est là aussi que la convergence entre le Chant et le Yoga est
particulièrement évidente. Car n'est-ce pas non plus une des finalités du
Yoga de sensibiliser le Sahasrara Chakra, le centre solaire par excellence ?
Ce centre où réside " le lotus aux mille pétales " et autour duquel, dans la
symbolique chrétienne, les saints portent une auréole ?
Commençons d'abord par une constatation rassurante et encourageante : tout
le monde possède des vibrations dans le sommet de la tête. Pour s'en
convaincre il suffit de placer la main gauche sur la tête, d'émettre un son
bouche fermée vers le médium: donc pas de créer ces vibrations, mais
simplement de les développer. Comment y parvenir ?
Il existe un sinus moins bien connu que les précédents, situé juste au
centre de la tête, c'est le sinus sphénoïdien. Si vous parvenez à placer
des résonances dans ce sinus, vous augmenterez alors considérablement les
vibrations dans le centre Sahasrara.
Vous connaissez peut-être l'exercice qui consiste à humer le parfum d'une
fleur le trajet que suit l'air dans la cavité nasale lorsque vous humez un
parfum, est très différent de celui qu'il emprunte lorsque vous respirez
ordinairement. Pour " sentir " un parfum, il faut que l'air frotte sur la
zone olfactive, située tout en haut de la voûte nasale. L'air monte en
tourbillonnant à travers les cornets vers cette voûte. Il vous faudra vous
entraîner un certain temps, beaucoup d'attention et de présence mentale pour
percevoir nettement ce trajet de l'air vers la zone olfactive. Je vous
conseille d'effectuer cet exercice avec un PARFUM REEL.
Cependant le plus difficile reste à faire, car il faudra maintenant EXPIRER
en faisant prendre à l'air ce même trajet ! Pour cela, émettez sur la
voyelle ô (dont nous avons dit qu'elle se place au milieu de la tête) vers
l'aigu, bouche fermée bien entendu, en faisant en même temps avec le dos de
la langue un petit mouvement rapide, comme si vous gargarisiez. Peu à peu
vous sentirez alors l'air tourbillonner entre les cornets, puis frapper le
sommet de la voûte nasale. Dès lors le sinus sphénoïdien va réagir et entre
en résonance, et vous développez ainsi des vibrations de plus en plus fortes
et de plus en plus perceptibles dans le centre Sahasrara, qu'il est facile
de contrôler avec la main gauche.
Quand on sait que juste à côté du sinus sphénoïdien se trouve l'hypophyse,
que la médecine appelle "le chef d'orchestre des glandes endocrines", on
saisit tout l'impact de ces vibrations sur la santé.
En atteignant ainsi le sommet de la tête, vous atteignez en même temps le
sommet du chant et le sommet du Yoga ! Alors je n'ai plus qu'un vœu à
formuler: bonne chance !
Et pour terminer, deux conseils
1) Le travail sur la voix est un travail de longue haleine (c'est le cas de
le dire), donc ne vous laissez jamais rebuter. Le manque de temps n'est pas
une excuse, car vous pourrez vous exercer à tous les " moments perdus " de
la journée, et notamment au volant de votre voiture. Et tant pis si en cours
de route vous rencontrez des amis ébahis en vous voyant la bouche grande
ouverte : de toute façon, en bon yogi, vous êtes déjà suspect !
2) Bien que pour obtenir des résultats durables il faille s'entraîner
régulièrement et souvent, les séances doivent être courtes - ce qui est un
avantage ! Cinq minutes, reprises plusieurs fois dans la journée, suffisent
amplement. Car les vibrations dans les sinus produisent des effets puissants
dont il ne faut pas abuser.
Au début d'ailleurs, vous pourrez ressentir des effets d'" entêtement ",
dont il ne faudra pas vous effrayer. Simplement : arrêtez-vous alors, et
faites quelques exercices de décontraction et de lâcher-prise, avant de
continuer
Dans les séances de groupe, il est bon de s'entraîner un quart d'heure
environ à ces vibrations, puis de passer au chant collectif. Ne jamais
oublier que le but de tous ces exercices est que la voix se place
d'elle-même et sans aucun effort dans les sinus et cavités osseuses, alors
la chose vous sera naturelle et vous n'aurez plus besoin d'y penser. Car le
chant - et aussi le langage parlé - doivent demeurer un " jeu ", et donc une
joie.
Nils DAUM
par Marc-Alain DESCAMPS
(L’histoire du Yoga en Occident n’ayant jamais été faite, ce premier document
reste à compléter et améliorer par tous ceux qui ont des informations et veulent
bien apporter leur aide à l’auteur).
Nous abordons le Yoga par ses deux aspects : la théorie et la pratique.
Le Yoga est d’abord un immense corpus théorique qui comprend une philosophie,
une psychologie, une théorie des corps, des inconscients, de la sexualité, de la
gnose, de l’extase, de l’action, du service, de l’amour, de la dévotion, du
temps, du sommeil et du rêve, un rituel, une mystique, une thérapeutique, une
hygiène, une diététique, une épistémologie, une cosmologie, une anthropologie,
une théologie, une morale, une gymnastique, un entraînement respiratoire, une
ascèse, une relaxation, un éveil des énergies, etc.
Nous le définissons comme la technique psychosomatique de l’extase du
subcontinent hindou. Mais on peut aussi le considérer comme un processus
accéléré de résorption dans le divin en échappant à l’illusion (maya de l’égo et
du monde) et au cycle des réincarnations.
En tant que philosophie, il apparaît comme un des six darçanas (points de vue)
classiques de l’Inde, en particulier avec les Yoga-Sutra de Patanjali.
L’histoire de la connaissance de la théorie du Yoga en Occident n’a pas à être
faite, car elle a déjà été étudiée avec soin dans différents livres comme ceux
d’Alain Daniélou, Jean Varenne, Maurice Maupilier et surtout Jean-Paul Droit (L’Oubli
de l’Inde ou Le Culte du Néant).
Nous nous bornons à résumer l’indispensable.
L’Occident n’a jamais ignoré l’Orient et en a toujours parlé. N’oublions pas que
ce sont les mêmes Aryens, parlant la même langue Indo-européenne, qui ont peuplé
à la fois la Grèce, l’Iran et le nord de l’Inde. La religion des Druides est
apparentée à celle de l'Inde : des dieux des Gaulois sont à trois têtes comme
Brahma et souvent en posture assise de Yoga, jambes repliées. 4000 ans avant
notre ère Dionysos (le Dieu de Nysa) va en Inde et ramène en Grèce les transes,
les kirtans, le vin, les panthères, les thyrses ou Caducée (canne avec deux
serpents enlacés) transmis à Hermès, aux Hérauts, à Hippocrate et par là à tout
le corps médical. Quinze générations plus tard Hercule aurait laissée une fille
aux Indes la reine Pandée, couverte de perles. En moins 517 Skylas de Karyandre
explore les bouches de l’Indus et en parle, Ctésias aussi en moins 416. Socrate
(-470-399) aurait étudié la philosophie avec un sage indien, selon Aristoxène.
Puis en moins 326 Alexandre le Grand va jusqu’en Inde, y rencontre des Yogis
(XI,7 Dandamos et Spinès) qu’il nomme gymnosophes (ou sages nus) et en ramène en
Perse (Kalanos), comme Arrien le décrit en détail. Mégasthènes, ambassadeur en
Inde en moins 297, a écrit quatre livres de renseignements. Zarménochégas (Shramanâ
Charya), un autre gymnosophe, pratique le sacrifice suprême par l’incinération à
Athènes devant l’empereur Auguste. Peu après, sous l’empereur Domitien,
Apollonios de Tyane fait le voyage en Inde rencontre des Yogis et apprend le
Yoga qu’il ramène dans tout le bassin méditerranéen, comme le raconte en détail
Philostrate dans sa biographie. Et l’on sait qu’il y a eu des relations
commerciales constantes entre les Romains et l’Inde ainsi qu’en témoigne la
statue hindoue retrouvée à Pompéï et les centaines de monnaies romaines
retrouvées près de Pondichéry à Virampatnam. L’empereur Chandragupta en moins
313 a envoyé des ambassades de Bouddhistes dans différents pays de l’Empire
romain. L’empereur Açoka en fait de même en moins 230 et un groupe de
Bouddhistes a vécu à Alexandrie pendant plusieurs siècles. Le texte des
discussions en moins 150 du roi grec Ménandre (Milinda) avec des sages
bouddhistes a été conservé et publié.
A Alexandrie, où 120 bateaux par an allaient aux Indes, Pantène, Clément,
Origène parlent avec révérence de la philosophie des Brahmanes de l’Inde. Et
Porphyre raconte le départ du philosophe Plotin pour les Indes. Et Lucien,
Apulée, Tertulien, Jamblique et surtout le gnostique Bardesane parlent des
Yoguis.
A Rome Saint Hippolyte au IIIème siècle en sait autant sur les Brahmines que
l’Encyclopédie de Diderot.
Al Birûni, mort en 1048, a traduit en arabe les Yoga-Sutra de Patanjali et écrit
que Yoga et Soufisme sont la même chose. A partir de là les Soufis de Perse
comme Bistâmi ou Al Ghazali, connaissent les Yogis et les chakras.
Au Xème siècle, Siméon le Métaphraste raconte la vie du Bouddha dans son livre
sur Barlaam.
Au XIème siècle, Galianos traduit en grec la Bhagavad-Gita. Et l’on peut se
demander si l’Hésychasme grec, ou prière du cœur, n’est pas déjà une première
occidentalisation du yoga, comme la Kabbale d’Abulafia en 1275.
Dans le Livre des Merveilles écrit en français en 1295 Marco Polo donne une
description très exacte des Yogis (appelés Cuiguis), qui vivent tout nus, et
même de la posture en équilibre sur la tête, sous le nom de Skiapodes (ceux qui
vivent à l’ombre de leurs pieds).
En 1307 l’Histoire des pays orientaux de Haiton l’Arménien contient des récits
de voyages et bien d’autres suivront (de Plan, Rubrouck, Pordenone, Cora,
Marignolli, Balbi …)
Les Portugais parlent des " iogues " (Albuquerque 1510, Castanheda 1553 dans son
Histoire de l’Inde …)
Les Hollandais décrivent l’Inde et le yoga (Houtman 1598, Shoutten 1617, Dopper
1681, Graaf 1719 …..),
les Français aussi (Martin de Vitré 1609, Mocquet 1616, François Bernier 1668,
Tavernier 1678 …)
1723 à Amsterdam le livre de Bernard Picart est illustré de gravures de " Jogiis "
avec des postures et des exercices spectaculaires.
1731 les pères Calmette et Pons ramènent quelques pages des Védas qu’il a pu se
procurer. Bien d’autres missionnaires et voyageurs rapportent des renseignements
sur les " Jogiis " (Robert de Nobili, Abraham Roger, Joseph de Guignes,
Poussines , Kirker, Raynal …). L’abbé Dubois a vécu 32 ans à Mysore (1791-1823)
1739 la Bibliothèque royale ajoute à son catalogue de 287 pièces une copie du
Rig-Véda et un dictionnaire sanskrit.
Le premier ouvrage traduit est la Bhagavad-Gîtâ en 1785 en anglais à Londres par
Wilkins, puis en français en 1787 par l’abbé Parraud.
En 1785 est fondée à Calcuta la Royal Asiatic Society of Bengal pour sauver,
publier et étudier les textes de l’Inde. Suivra la célèbre collection " Sacred
Books of the Hindus "
1801-1802 à Paris sous Napoléon, Anquetil-Duperron traduit du persan en latin 50
Upanishads, (Oupnek’hat) c’est le coup de foudre en Occident.
1805 à Calcutta Colebrooke résume des textes du Véda, toujours tenus cachés
jusque là par les Brahmanes. Alors tous les Occidentaux se ruent sur les textes
hindous, c’est la frénésie.
1842, Edgard Quinet décrit l’Inde comme " le premier matin du monde ".
En 1870 Victor Hugo reprend la Kéna Upanishad dans son poème Suprématie.
En Allemagne.
1808 Frédéric Schlegel écrit " Sur la langue et la sagesse des Indiens " et
conclut : " nous devons puiser en Orient "
1823 première traduction allemande de la Bhagavad-Gîtâ
1846 première traduction du Râmayana par A.W. Schlegel
1897, 50 Upanishads par Paul Deussen …
Tous les philosophes sont enthousiastes : Hegel (1770-1831), Schelling
(1775-1854), Schopenhauer (1788-1860), Nietzsche (1788-1860), Feuerbach
(1804-1872) … et par la suite Herman Keyserling, Carl-Gustav Jung, etc.
En France.
1795, fondation de l’Ecole des Langues Orientales
1848-1851 première traduction du Rîg-Véda par Langlois
1852 Barthélémy Saint-Hilaire traduit la Sâmkhya-kârikâ
1861, traduction française de la Bhagavad-Gîtâ directement du sanscrit par Emile
Burnouf
1867 le Mahâ-Bhârata par Hippolyte Fauche
1891 l’Atharva-Véda par Victor Henri
1903 Murial Alex " De l’entrainement physique dans les sectes yoguistes " Revue
Anthropologique
Puis viennent les traducteurs Bergaigne, Sylvain-Lévi, La Vallée-Poussin, Emile
Sénart, Burnouf, Grousset, Masson-Oursel, Louis Renou, A-M. Esnoul, Olivier
Lacombe, Jean Marquès-Rivière, Alain Daniélou, Lilian Silburn, Tara Michael,
Alain Porte, Jean Papin …
D’autres font connaître les Yogis contemporains comme Romain Rolland, René
Guénon, Jean Herbert … En particulier Jean Herbert (1897-1980), dès 1935, a fort
à faire pour faire admettre que le yoga et l’Hidouisme sont vivants et que leurs
éminents représentants peuvent prendre place parmi les phares de l’humanité :
Ramakrishna, Vivekananda, Aurobindo, Mère, Ramana Maharshi, Ma Ananda Moyi,
Ramdas, etc.
Les premiers livres sur le Yoga paraissent en 1936 Mircéa Eliade, 1946
Chakraborty, 1951 A. Daniélou, 1953 Revue Les Cahiers du Sud …
Enfin paraissent les textes fondateurs du Yoga et du Hatha-Yoga :
Yoga-Sutra (Wood 1914 en anglais / en français 1953, Taimni 1961, Varenne 1981),
Hatha-Yoga Pradipika (1893/1974), Ghéranda-Samhita (1980 /1992), Shiva-Samhita
(1942/), Shivayogaratna 1975, Kundaliniyoga 1979, les Upanishads du Yoga 1971,
Sept Upanishads 1981 …
En anglais.
Les Anglais, de par leur domination coloniale sur l’Inde et leurs maisons
d’édition en Inde et en Angleterre, puis aux USA, en Australie et dans le monde
entier, sont bien placés pour être les premiers à faire connaître le Yoga. " The
serpent power " d’Avalon est de 1918.
De même l’action des Américains va être considérable. En 1893 Vivekananda
(1863-1902) fait sensation au " Parlement Mondial des Religions " de Chicago et
installe des Missions Ramkrishna dans bien des pays dont Paris et Genève. Swami
Yogananda s’installe en Californie en 1920 et il connaissait les postures de
Yoga. Théos Bernard a soutenu un des premières thèses sur l’action des psotures
en 1943 à l’Université de Columbia.
Mais l’élan a été brouillé par les premières vulgarisations qui mélangent tout :
Yoga, Hindouisme, Bouddhisme, Occultisme, Esotérisme et pensées personnelles de
leurs auteurs. La Théosophie, fondée en 1875 par une Russe H.P. Blavatsky a eu
une considérable action positive sur bien des gens comme Gandhi, les peintres
Kandinsky et Mondrian, etc. Elle a contribué à sauver de nombreux manuscrits
inestimables avec leur bibliothèque d’Adyar. Les premiers textes du Yoga ont été
publiés par ses soins. Fondée pour être un noyau de fraternité universelle, elle
n’a pas mieux réussi que l’église chrétienne et a été aussi l’objet de
déchirements perpétuels. Tous les premiers disciples ont fait sécession pour
fonder leur propre culte. Alice Bailey écrit sous la dictée du " Tibétain "
d’énormes sommes, qui ne correspondent pas à ce qu’ont toujours enseigné les
Lamas tibétains. Steiner fonde l’Anthroposophie en opposition à la Théosophie.
Et enfin Krishnamurti leur Messie, le Chef de l’Ordre de l’Etoile d’Orient,
renie sa mission et dissout l’Ordre le 3 août 1929.
Et les falsifications vont continuer en Angleterre avec les livres à succès du
journaliste " Rampa ".
Les attaques. De plus à peine on présente le Yoga en Occident qu’il est
l’objet d’attaques violentes où l’on mélange tout Hindouisme, Bouddhisme,
Tantrisme …
En 1813 c’est Goethe qui se déchaîne au nom de l’idéal classique contre " ces
absurdes idoles, philosophies abstruses et religions follement monstrueuses ".
1829 Victor Cousin fait au collège de France les premiers cours sur l’hindouisme
en critiquant le Yoga.
1895 Barthélémy Saint-Hilaire, ministre des Affaires Etrangères, fait paraître
trois articles dans la Revue des Deux-Mondes contre le Yoga, l’hindouisme et le
bouddhisme qui perturbent la société. Puis vont venir les livres d’opposition au
Yoga comme " Non, au yoga " de M. Ray 1977, Hummel 1984, etc.
Quand le Yoga est mieux connu, on découvre qu’il vaut mieux dire les Yogas, car
ils sont nombreux : Hatha, Jnana, Karma, Bahkti, Raja, Mandalas, Mantra, Nada,
Shabda, Laya, Chakra, Kundalini, Sahaja, Tantra, Amrita, Dhyani, Purna, Advaïta,
Spanda …
Dans cette recherche ici par Yoga pratique (Hatha-Yoga) nous entendons les
postures (asanas), la respiration (pranayama) et la méditation (assise
silencieuse immobile). Il existe bien d’autres pratiques corporelles : mudras
(positions des mains), mantras (vocalisations), shat karmas (six techniques de
purification), kriyas (éveils de l’énergie), yantras (dessins symboliques),
mandalas (dessins centrés), etc. (Pour plus de détails voir Corps et extase).
Mais elles sont bien plus rarement enseignées que les trois principales. Donc ce
que nous cherchons, c’est pourquoi ce Yoga (postures-respirations-méditation)
dont on parle depuis des siècles, les Occidentaux ont mis tellement de temps à
le pratiquer.
Quand a-t-il commencé à se diffuser en Occident ? Par qui ? Et dans quel but ?
Il est vraisemblable qu’il y ait eu une première connaissance des postures au
dix-neuvième siècle à Londres et aux USA. Les Sikhs, reconnaissables à leur
turban et à leur barbe, ont été les premiers à vivre en Occident. Il y a de
fortes chances pour qu’ils aient enseigné des postures à différentes occasions.
Mais ils n’ont pas fondé d’écoles. Ainsi André Van Lysebeth a publié en 1995 la
réédition et traduction d’un des premiers livres de postures, enseignées aux USA
avant 1928 par une femme Cajzoran Ali. Dès 1910 Alexandra David-Néel était aux
Indes où elle assistait à des cours de Hatha-Yoga (L’Inde, p.163), mais elle ne
l’a jamais enseigné en Europe. Avant 1939, bien des voyageurs (comme Jean
Chevalier à Bénarès) avaient aussi assisté, dans un hôtel ou sur une place, au
spectacle du charmeur de serpent, du cracheur de feu et du yogi contorsionniste.
Mais des acrobates il y en avait aussi en Europe depuis les Egyptiens et ce
n’était pas du Yoga. Jean Manlhiot aurait reçu des cours de postures en 1942 par
un Formosan.
Jusqu’à preuve du contraire, il semble que le premier enseignant de Yoga en
France ait été C. Kerneiz (1880-1960). De son vrai nom Félix Guyot, il avait
pris comme nom de plume, celui de sa mère, qui était bretonne. Il avait été
professeur de philosophie dans des collèges privés et journaliste à Nantes, à
Londres et à Paris. En 1928, il s’installe à Londres où un Indien (Hindou ou
Sikh ?) lui enseigne les postures et les respirations du Yoga. Il n’en parlait
pas plus, ce devait être un commerçant assez jeune, car il ne l’appelait jamais
ni maître ni gourou. La théorie il l’avait apprise dans les livres anglais de
l’époque, en particulier la collection " The Sacred Books of the Hindus " de G.
Bühler. Il publie en 1933 Yoga for the West (Rieder, London). En 1936, il
déménage à Paris et donne les premiers cours dans son appartement au premier
étage du 12 rue Mouton-Duvernet dans le 14ème arrondissement. On rangeait les
fauteuils du salon pour pouvoir pratiquer. Il publie Le Hatha-Yoga chez
Tallendier, des articles sur le Yoga dans Le Journal de la Femme où il tenait la
chronique astrologique, puis dans la revue Le Lotus bleu. Recherché par les
Allemands, il doit se cacher pendant l’Occupation. Et il reprend ses cours à la
Libération en 1945. Parmi ses élèves les plus connus il y a Philippe de Méric et
Lucien Ferrer. Après avoir lu et pratiqué son livre en 1943, j’ai pu prendre
avec lui un premier cours en 1945 et devenir son élève régulier en 1953 jusqu’à
sa mort. Les postures étaient montrés par une jeune monitrice, vendeuse à la
librairie Véga, boulevard Saint-Germain, Madame Demange qui continuera après sa
mort à enseigner sa méthode 16 square d’Alboni, Paris 16ème. La fille de Kerneiz
en fera de même à Rennes. J’essaie aussi de transmettre l’essentiel de ce Yoga
" l’appel de l’Absolu ", selon ce qu’il enseignait et a écrit dans une de ses
préfaces : " Ce livre s’adresse à celui qui, en désaccord fondamental avec son
milieu, douloureusement insatisfait de la vie tant dans ce qu’elle lui donne de
bon que dans ce qu’elle lui donne de mauvais, a ressenti l’appel de l’Absolu ".
En 1936 Lanza del Vasto rentre des Indes et fait partout son récit de voyage qui
paraîtra en 1943 sous le titre " Pèlerinage aux sources ". Il prêche la
non-violence (ahimsa) de Gandhi et fonde son Ashram, la communauté de l’Arche,
mais ne semble pas avoir enseigné les postures.
En 1936 Thérèse Brosse, jeune cardiologue, avec l’aide du Dr. Laubry obtient une
mission d’études aux Indes pour mesurer des Yogis à l’électrocardiomètre, au
pneumographe, etc.
Nil Hahoutof m’a dit avoir fait de la danse et du cirque, puis rencontré un
Hindou qui lui aurait appris des postures dès 1924 et il les aurait enseigné
pendant la guerre dans une école privée pour enfants handicapés près de
Montpellier.
En 1947 Shri Ghatradyal Mahésh, venu travailler à l’Ecole Nationale des Sports
au bois de Vincennes, ouvre un cours de Hatha-Yoga, 50 rue Vanneau Paris 7ème,
sous l’égide du Dr. Filliozat, Professeur au Collège de France, du Professeur
Creff ... J’ai participé aux premières séances où il enseignait la Salutation au
soleil, puis j’y suis revenu plus tard avec le Dr. Frédéric Leboyer, Arnaud
Desjardins, Marie-Madeleine Davy, etc.
Le 26 février 1950 il donne une conférence sur le Yoga dans le grand
amphithéâtre de la Sorbonne, présenté par le Dr. Dolto et Françoise Dolto (ses
parents adoptifs) et Swami Siddeswarananda du Centre de Gretz de l’Ordre de
Ramakhrisna et il fonde le CRCFI (Centre de Relations Culturelles Franco-Indien).
En 1949 le Dr. Bex présente le Yoga dans la Revue de Kinésithérapie.
En novembre 1950 deux Indiens le Pr. Pramanick et le Dr. Goswami de l’Institut
de Stockholm viennent à Paris donner une Conférence-démonstration à la Sorbonne.
Vers 1950 aussi le Hatha-Yoga est enseigné à Zurich et Genève en Suisse par un
jeune hindou Selvarajan Yésudian. Ancien boxeur, il écrit avec Mme Haich un
livre à succès " Sport et Yoga " avec des photos de postures.
En 1950 Lucien Ferrer (1901-1964), élève de Kerneiz, ouvre 24 rue Feydeau, puis
21 rue d’Uzès, l’Académie occidentale de Yoga, où je suis les cours jusqu’à sa
mort en 1964. Ayant jusqu’à 500 élèves, bien des cours étaient assurés par des
moniteurs dont Yvonne Millerand, Huguette Pinson, Roger Clerc et quelques
autres. Ferrer fait connaître le yoga par des conférences et des démonstrations.
Une des premières fit sensation, le 3/12/1950 Salle de Géographie bd St-Germain,
car il monte sur la table se met en équilibre sur la tête et fait sa conférence
pendant une heure sans perdre son équilibre et sans se fatiguer à parler la tête
en bas. Mais c’était d’abord un guérisseur qui avait un don et qui n’est venu au
yoga que secondairement pour se recharger en énergie. Lui parlait de Yoga
tibétain, mais semblait avoir appris l’essentiel dans le livre de Evans-Wents …
Après sa mort l’Académie sera dissoute et son enseignement continué par Roger
Clerc (1908-1998) sous le nom en 1978 de " Yoga de l’Energie " avec les succès
et les développements que l’on connaît.
En 1953 Philippe de Méric (1914-1991), élève de Kerneiz, ouvre un cours Yoga par
correspondance, le Dynam-Institut. C’est un peu comme si l’on voulait enseigner
la boxe par correspondance, mais malgré tout, cela a eu beaucoup de succès et il
a rendu le Yoga célèbre. Puis ceux qui en voulaient plus sont passés par la
suite dans des cours avec un professeur de yoga.
En 1956 Louis Frédéric fait paraître Yoga-Asanas avec des photos des postures de
Vishnoudévananda à Rishikesh. Et le Père Déchanet (1906-1992), moine bénédictin,
pratique du yoga nudiste, publie " La voie du silence " en 1956 et fonde un
groupe de " yoga chrétien " dans l’Isère en 1964.
A partir des années 60 c’est l’explosion des livres, revues, cours et
publicités. Les clubs de yoga fleurissent à tous les coins de rue. Eva Ruchpaul
et Georges Coulon entraînent l’équipe française de ski. Pousson et Huard rendent
compte de recherches physiologiques sur le Yoga dans le Concours médical du
04/01/1960. Leurs recherches sont continuées par Henrotte, Etévenon, Lonsdorfer,
Gastaut, etc. En 1963 André Van Lysebeth, de retour à Bruxelles de chez Swami
Sivananda de Rishikesh, lance sa revue " Yoga ".
Les voyages aux Indes. Alors commencent les voyages aux Indes pour se
former à la source. Tout le monde se met en chasse pour " sauver le précieux
héritage ". Dans les années 1950, il semble que tout l’enseignement du
Hatha-Yoga remonte principalement à deux sources, l’une au nord l’autre au sud.
Bien entendu il y avait quantité de Saddhus, Sannyasins, Sikhs, Jaïns qui
pratiquaient aussi du Hatha-Yoga, mais ils ne voulaient pas l’enseigner, ni même
le reconnaître. La principale source se trouve à Rishikesh, là où le Gange sort
des gorges de l’Himalaya. Dans cette ville sainte Swami Sivanada Sarasvati
(1887-1963) vient de fonder un ashram (Yoga Vedanta Forest Academy) après avoir
fait sa carrière comme docteur à Malacca. Il réunit autour de lui une vingtaine
de Swamis qui vont après essaimer partout dans le monde. Swami Chidananda, le
saint, garde la direction de l’ashram après la mort de Sivanada. Satchitanada,
après bien des voyages, s’installera aux USA en Virginie. Shankarananda fondera
un ashram en Afrique du Sud. Satyananda, avec une mère tibétaine, est influencé
par le Bouddhisme et rassemble partout des techniques tantriques, ce qui donnera
un enseignement un peu particulier (Yoga-nidra, Mauna, Chidakhasha dharana, les
70 kriyas ). Puis il fonde une université du yoga à Monghyr dans le Bihar (Bihar
Yoga Bharati) avec ses disciples Yogamudrananda, Yoganidrananda et
Niranjanananda. Swami Hridayananda était une doctoresse indienne ophtalmologue
qui dirigeait le dispensaire gratuit. Les deux spécialistes des postures étaient
Vishnou Dévananda (1927-1993) et Râj Bua. Le premier sera le modèle unique du
livre Yoga-Asanas, puis il fondera des ashrams à Valmorin au Canada, aux
Bahamas, aux USA, au Kérala, etc. Subramanya Râj Bua (le Roi des Anges) n’était
pas swami car il avait eu une femme et trois enfants. Tenu pour mort à 8 ans,
son corps avait été donné à un saddhu de passage qui l’avait réanimé par le
Yoga. Je l’ai reçu à Paris, travaillé avec lui et mesuré ses progrès de 70 à 90
ans par des photographies et il a continué à faire des postures parfaites
jusqu’à 104 ans. Combien d’Européens sont allés se former à Rishikesh comme
André Van Lysebeth, Maryse Choisy, Robert et Suzanne Chauvel, Eveline Grieder …
L’enseignant du Sud est T. Krishnamâcharya (1888-1989) , professeur de Yoga du
Maharaja de Mysore, alors établi à Madras. Il a eu comme élèves Jean Klein,
Gérard Blitz, Yvonne Millerand … Son beau-frère B.K.S. Iyengar a commencé à
enseigner le Yoga à Poona en 1937 à 19 ans. Puis ses deux fils enseigneront à
leur tour T.K.Sribhashyam à Nice et T.K.V. Désikachar en Europe avec le Viniyoga.
Certes, il y avait d’autres enseignants comme Patabijoy à Mysore, Dhirendra
Brahmachari (1925-1994) à Delhi, Satchidananda le Muni de Madras, Kumara swamiji,
Swami Chinmayananda, etc. Mais la plupart des enseignants européens se sont
d’abord formés à Rishikesh ou à Madras. Certains cependant ont eu aussi des
contacts avec l’Institut de recherches scientifique du Yoga (Kaivalyadhama)
fondé à Lonavla par Kuvalayananda de 1924 à 1934 avec sa revue Yoga-Mimamsa,
puis qui s’est continué après sa mort avec Digambarji et le Dr. Bhole. Le
célèbre Swami Muktananda (1908-1983) n’a été connu mondialement qu’en 1974 par
la prise spontanée de postures lors de la montée de la Shakti en donnant
Shaktipat. Après dix voyages aux Indes j’ai pu décider à venir en France en 1981
le représentant de la lignée du Kriya-Yoga de Yogananda, Swami Hariharananda
Giri du Karar-Ashram de Puri en Orissa avec son disciple Shankarananda de
Bhubaneshwar. Et il a pu donner les initiations védiques de la lumière (Jyotir),
du son (Nada) et de la vibration (Spanda).
La crise qui va éclater a plusieurs causes. La concurrence commence à se
faire plus dure et certains veulent se préserver un marché national. Commence à
apparaître l’idée que l’on peut former des professeurs de yoga à la pelle. On
veut inventer un " yoga occidental " bien différent de celui de l’Inde. D’autres
parlent d’une reconnaissance étatique ou d’un contrôle gouvernemental et rêvent
d’une exclusivité et d’une hégémonie suprême, ou s’en accusent les uns les
autres. La lutte va démarrer essentiellement sur des procès d’intention et un
manque de confiance. Et il va arriver au yoga européen, ce qui est arrivé au
christianisme : l’explosion en une multitude d’églises, de chapelles et de
sectes, mais cependant sans les guerres de religion.
Les Fédérations. L’union fait la force, d’où les fédérations. Elles se
succèdent et se multiplient en durant plus ou moins longtemps. La première est
la " Fédération française de Yoga sous contrôle médical " parue au J.O. du 12
janvier 1967. La " Fédération française de Yoga " le 14 juillet 1967 devient le
8 janvier 1968 la " Fédération Nationale des Professeurs de Yoga ". La
" Fédération française de Hatha-Yoga et disciplines associées " est fondée à la
même époque par le Dr. Creff et Shri Mahesh. La " Fédération culturelle de
Yoga " est fondée par Jean Rousseau, directeur de l’Institut de Yoga intégral.
Puis vient la FIDY (Fédération Inter-enseignements de Hatha-Yoga) en 1980, etc.
Les fédérations fondées, il reste à obtenir l’exclusivité de la formation, comme
c’est de règle en France pour une seule Fédération sportive. En attendant on
peut obtenir un agrément d’un ministère, ce qui semble être un premier pas. La
Fédération Mahesh est la première à avoir un agrément le 24 décembre 1969. L’Institut
Eva Ruchpaul obtient le sien peu après et la FNPY le 6 février 1970. Puis vient
un énorme canular. Le ministre sollicité dit ne pas savoir ce qu’est le Yoga et
nomme une Commission pour en faire une étude scientifique. Puis il l’oublie et
la Commission continue ses réunions par plaisir, à la grande fureur des
professeurs de yoga qui en sont tous exclus pour ne pas faire de jaloux. J’ai
fait partie de cette commission, dont le seul résultat a été finalement le livre
écrit par un autre de ses membres le Dr. Bernard Auriol. Les professeurs de yoga
occidental réclamaient une reconnaissance et un statut. Puis une fédération a
créé " l’Union européenne de Yoga " et l’autre a suscité la création d’une
Confédération des fédérations. J’ai longtemps fait partie des deux fédérations
pour essayer de garder un lien et de les unir et en plus j’ai longtemps
participé aux activités de la Confédération présidée par Mme. Maud Forget (du
Cercle du Védanta, puis de l’Ecole normale de Yoga de Boulogne-Billancourt). Son
travail le plus efficace a été la création du Programme minimum européen,
finalement adopté sans trop de variations par toutes les autres Fédérations.
A coté de ces Fédérations sont apparus des mini-fédérations ou Groupes : Centre
européen de yoga de Rishi, Université nationale de Yoga d’Alaphilippe, de B.K.S.
Iyengar, Viniyoga de Désikachar, de Satyananda (DEPS de Swami Devatmananda), de
Babacar Khane, Soleil d’Or d’Ajit Sarkar en 1977, RYE (Recherche sur le Yoga
dans l’Education), la maison du Yoga (Mathieu), le Centre Tapovan de Kiran Vyas,
de Shri Chinmoy (dès 1964), Arnaud Desjardins, Maurice Daubard, Nils Daum, la
Maison Amrita…
Puis est apparue la Fédération des Yogas Traditionnels et sa revue " Linga ".
Avec Christian Tikhomiroff, elle a grandi jusqu’à rencontrer les mêmes problèmes
que les grosses fédérations. Puis pour les éviter, elle est revenue, avec André
Riehl, à une structure légère et souple, comme la Confédération.
Ces fédérations ont créé leurs écoles de formation des professeurs dans chaque
région de France, de une à une douzaine par fédération. Ainsi pendant plus de 15
ans ces écoles ont produit (selon mon évaluation) environ 500 professeurs de
yoga par an, sans aucune concertation, en saturant complètement le marché.
Finalement la reconnaissance du statut de professeur de yoga a été obtenu de
fait 20 ans après et de façon catastrophique, par l’obligation d’un impôt de TVA
sur chaque cours ou leçon de yoga. Ceci a fait disparaître la moitié des
enseignants, car même les cours bénévoles étaient taxés. Bien des écoles de
formation de professeurs de yoga ont du fermer et les autres ont vu leurs
effectifs sérieusement diminuer. La mode du Yoga en France a donc duré 20 ans de
1965 à 1985. Puis elle a été remplacée par d’autres modes (Taï-chi, Sophrologie,
Taoïsme, Chamanisme, Streching, Fitness et surtout Reiki, etc.). Maintenant les
opposants du Yoga disent partout (même à la T.V.) que si le yoga n’est pas une
secte, il est l’antichambre des sectes.
Le dernier avatar de cette invention du " yoga occidental " est dans sa forme
américaine de capitalisation, commercialisation et mondialisation. Depuis la
Californie ou les USA sont déposés (registered) tous les ans de nouveaux
systèmes de gymnastique occidentale, mélangés ou non de bribes de yoga, sous des
noms protégés comme " power-yoga ", " sphurana-yoga ", etc. Il est désormais
interdit dans le monde entier d’enseigner ces systèmes sans avoir été longuement
et chèrement formés par le fondateur américain, sans porter son uniforme et sans
lui reverser de grosses royalties, etc.
La cause de la discorde. Il n’est pas aisé de discerner les raisons de
ces divisions, car les causes sont dissimulées et enchevêtrées dans un ensemble
assez complexe. Certains vont parler de retour dans l’égo, de personnalités
narcissiques, de querelles religieuses d’un autre âge, etc. On pourrait dire
aussi qu’il s’agit de l’invention d’un " yoga occidental " en opposition à celui
de l’Inde. (Mais il n’y a pas eu cette lutte entre un judo européen contre le
judo japonais). Les différences sont souvent ténues, il s’agit d’un état
d’esprit avec beaucoup de procès d’intention. Certains enseignants européens ont
refusé la prééminence de l’Inde. Ils ont développé le coté scientifique en
ajoutant dans leurs écoles beaucoup d’anatomie et un peu de psychologie. Ils ont
surtout été allergiques à la présence des Swamis se moquant de leurs travers
(supposés ou réels). Ils n’ont pas pu admettre la spiritualité du Yoga et la
sainteté des Etres réalisés de l’Inde. Ils ont beau jeu de critiquer les
quelques excès d’ashrams devenus des sectes (celui de Rajnesh à Poona ou de
Hamsananda à Castellane). Et les autres peuvent critiquer la diffusion
universelle du nouveau " gnagna-yoga ", gymnastique douce pour riches dames
désoeuvrées luttant contre la cellulite et l’ennui. Pour les uns c’est la place
de la religion chrétienne qui fait problème : le yoga ne serait qu’un adjuvant à
la prière, en remplaçant le prie-Dieu. Alors que pour les autres il s’agit de
TAT, Cela, le Transpersonnel, antérieur à tous les dieux personnels et à toutes
les guerres des religions hégémoniques. Finalement les uns ne voient dans l’Inde
que ses défauts (et ils sont nombreux) alors que les autres l’aiment quand même
ou aiment encore plus Mother India. Pour les uns ceci recouvre la persistance de
la mentalité colonialiste raciste contre les Indiens, alors que pour d’autres il
s’agit par dessous d’une guerre de religions (10 millions d’Indiens convertis
par les missionnaires chrétiens contre moins de 10 européens devenus Hindous) …
Ceci avec parfois des retournements de situation. Des Occidentaux invitent des
Yogis et des Swamis en Europe. André Van Lysebeth ouvre en 1965 puis les 8 et 9
décembre 1967 à Bruxelles les Premières Journées internationales du Yoga avec
Swami Satchitananda et Dev Murti, etc. Son élève Jean-Pierre Radhu veut faire
mieux en organisant en juin 1969 la première Foire du Yoga à Saint-Symphorien
près de Mons Belgique, dans l’immense parc de Mme. De Priches. Ce fut une
rencontre extraordinaire, inoubliable avec tous les grands enseignants de Yoga
venus des Indes et du monde entier, mais il n’y eut pas de seconde rencontre.
Gérard Blitz (1912-1990), fondateur du Club Méditerranée puis Secrétaire de
" l’Union européenne de yoga ", organise du 2 au 9 septembre 1973 une semaine à
Zinal en Suisse consacrée au Yoga où il invite les grands conférenciers du
moment et quelques Swamis et Hindous. Ils instauraient une ambiance sacrée bien
différente des frivolités occidentales. J’ai participé aux dix premières années,
puis j’ai présidé en 1991 le dernier Zinal au Club Méditerranée, consacré à " L’Ame
et le corps " avec Swami Yogamudrananda. Là plus qu’ailleurs se sentait le
clivage entre les amoureux de l’Inde et du Yoga spirituel et traditionnel face à
leurs opposants.
Finalement il semble pour le moment que le Yoga ait échappé au piège de
l’hégémonie, du pouvoir étatique et de l’enseignement officiel dans l’unique
école nationale. Il a gardé sa liberté, sa diversité et sa multiplicité. Chacun
finit par trouver en son temps la forme de Yoga qu’il cherche et qui convient à
son degré d’évolution du moment ou niveau de sadhana. Et c’est très bien ainsi.
Encore faut-il avoir une vue des différentes possibilités.
Un autre sujet de surprise et parfois d’opposition est la différence des
différentes méthodes d’enseignement du Yoga. Curieusement rien n’a encore été
écrit à leur sujet. Je ne vois pour ma part aucune opposition dans cette
multiplicité. Il y a bien des voies et des chemins d’accès. Le monde du Yoga est
immense, colossal et tout ne peut être donné à la fois. L’essentiel est le but
que l’on se propose, en se centrant sur le principal. Mais en général il n’est
pas explicite ni même conscient chez les fondateurs des méthodes. Pourtant il
peut être déduit clairement des préceptes et méthodes. Les différences peuvent
porter sur les cours collectifs ou individuels, le fait que l'enseignant montre
la posture ou non, parle pendant le cours ou non, touche ou non les élèves,
instaure une progression dans les postures de la séance avec pose/contre-pose ou
non, ne fait faire que des postures immobiles ou des mouvements/enchainements,
apprend les posture ou fait pratiquer le yoga, insiste sur le corps ou sur l'âme
(Atman) ...
Par exemple, en voici quelques unes, telles que j’ai cru les comprendre au
moment où je les ai rencontrées. Je note quelques différences mais certainement
chaque méthode ne se limite pas à cela. Et à mon avis elles ne sont pas opposées
mais complémentaires, comme les peintres, les musiciens ou les fleurs dans un
jardin.
Le Sahaja-Yoga de Amrit Désaï. Ayant acquis un très haut niveau et étant
connecté avec la Buddhi, il s’allonge un instant et change rapidement d’état de
conscience. Alors la Shakti est présente et devient sensible pour tous. C’est
elle qui engendre les postures les unes après les autres ; leur enchaînement
n’est pas pensé ni aucune posture prévue à l’avance, un peu comme dans du
somnambulisme. L’effet est saisissant même sur les spectateurs, sauf sur
quelques disciples qui copient par écrit la liste des postures, pour pouvoir
après les reproduire dans le même ordre, montrant qu’ils n’ont rien compris au
travail spontané de leur maître.
Le Sutra-Yoga de Shri Mahesh. On apprend une série classique de postures,
que l’on répète toujours pareilles dans le même ordre. Ce qui libère l’esprit
pour ressentir l’esprit du Yoga (sutra, le fil du collier des postures). Ce qui
se rapproche de la méthode précédente. Donc il ne faut pas alterner pose et
contre-pose et l’on tient chaque posture le temps d’un cycle respiratoire ou
d’une rétention.
La méthode Eva Ruchpaul. Elle préconise une certaine spontanéité, mais
est spécialement adaptée au corps de sa fondatrice ou à toutes celles qui ont un
corps assez proche : jeunes, minces, très souples, vives, incassables. On
s’allonge et l’on fait des postures quand on en a envie (si on en a envie).
La méthode Nil Hahoutoff. Comme il le disait lui-même, c’est une méthode
de pré-yoga. Elle est issue du travail du cirque : on assouplit le corps par un
long échauffement et effectivement il est capable après de pouvoir faire ce dont
qu’il était incapable auparavant. On travaille à deux, on tire, on appuie, on
pousse et l’on utilise des cordes ou courroies. Il faut combattre la bosse, en
créant un creux au niveau des omoplates.
La méthode Iyengar. Méthode structurée et exigeante pour construire une
posture physique avec beaucoup de précision et de rigueur, s'aidant parfois
d'instruments (comme Hahoutoff).
La méthode André Van Lysebeth. Méthode de base, assez classique, plutôt
d’esprit sportif, même s’il a changé dans sa manière d’enseigner au cours de sa
vie.
La méthode de Babacar Khan, assez proche, insiste sur l’isotonie, le yoga
irano-égyptien et le soufisme.
Le Viniyoga insiste sur bhâvana, la concentration sur une partie du corps
ou sur un thème, car on ne peut pas tout faire à la fois dans la tenue d’une
posture. Il préconise l’alternance pose/contre-pose et une progression en
montée/descente lors de la séance (Vinyâsa)
Le Purna-Yoga de Marc-Alain Descamps. Postures et respirations ne sont
qu’un moyen pour atteindre le samadhi. Le cours de Yoga est un temps sacré pour
atteindre l’Absolu. On ne travaille qu’en silence, les yeux fermés, dans
l’amour, la ferveur et le recueillement (sinon c’est de la comédie). Pendant
chaque posture, on est en Ujjiya-pranayama, avec mula-bandha et on fait à chaque
cycle respiratoire la rotation de la Lumière-énergie montant et descendant les
sept chakras. Et rapidement cela devient Shakti-chalana, alors on a le son
cosmique (Nada) dans les oreilles, la Lumière (Jyotir) derrière les paupières
fermées et la vibration (Spanda) dans tout le corps. On garde une posture
immobile le plus longtemps possible et elle sont groupées de façon à avoir le
moins de déplacements du corps entre elles. On passe par les kriyas à
l’ouverture des Chakras et à l’éveil de la Shakti pour entrer dans la posture
silencieuse immobile.
Le Yoga de l’Energie de Roger Clerc. Il est issu de la méthode Lucien
Ferrer. Il s’agit de ressentir l’énergie Ha circulant dans Ida et l’énergie Tha
circulant dans Pingala. Il se dit tibétain et développe pas mal de mouvements
(phrases et les 18 mouvements préliminaires). C’est une méthode assez complète
qui devrait élever jusqu’aux niveaux supérieurs de contact avec les Sources,
dont Tchan-Ré-zing. Il est parfois choisi par les corps défavorisés incapables
de pratiquer les méthodes précédentes.
La méthode Brahmachari demande, avant de commencer les postures, de se
purifier par les techniques de purification (les shat-karma : nauli, dhauti,
neti, basti …)
La méthode Satyananda comprend le travail classique des postures et des
respirations, puis développe des exercices tantriques de préparation à la
méditation comme yoga-nidra, antar-mauna, chidakasha dharana, prana vidhya,
antar trataka, ajapa japa et les 70 kriyas …
Le Yoga traditionnel se centre, comme aux Indes, sur la " transmission "
du Yoga et non son enseignement, c’est-à-dire pendant douze ans sur tout ce qui
passe directement de l’enseignant à son disciple (acharya-chela).
Le yoga occidental ou américain. Dans des " Ecoles pour devenir
professeur de yoga " on apprend le yoga plus qu’on n’en fait : on étudie les
postures avec détail et finesse, mais en bavardant. On se centre sur la belle
posture, de plus en plus acrobatique et on oublie pourquoi on la prend (pour
accumuler de l’énergie pour pouvoir stopper le mental dans l’assise silencieuse
immobile). On oppose un " état méditatif " aux longues méditations assises en
fin de cours. De plus se diffusent dans le monde les méthodes américaines, sans
posture immobile mais parfois avec un accompagnement de musique jazz, avec un
nom protégé et donc des redevances permanentes …
La même histoire de l’introduction du Hatha-Yoga devrait être faite pour les
autres pays européens, américains, australiens, etc.
Ceux qui veulent compléter et améliorer ce premier essai peuvent apporter
leur aide à
Marc-Alain Descamps, 18 rue Berthollet 75005 Paris. www.descamps.org/marc-alain
Références
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DANIELOU Alain, Histoire de l’Inde, Fayard, 1971
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DROIT Roger-Pol, Le culte du néant, Seuil, 1997
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MAUPILIER Maurice, Le Yoga et l’homme d’Occident, Seuil, 1974
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1958
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SCHWAB Raymond, La renaissance orientale, Payot, 1950
SMULDERS L. E. Un an parmi les yogis de l’Inde et du Tibet, éd. Arista
(1969/1986)
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YESUDIAN Selvarajan, Sport et Yoga, Genève, éd. Santoza, 1950
(paru dans Infos-Yoga 3/2001)
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